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Par Michel Maxime Egger,
vendredi 25 juin 2010 à 22:10 :: Spiritualité
Joseph Loyer est décédé, né au ciel comme le disent les orthodoxes, le 19 juin 2010. Après plus de quatre années de lutte, le cancer a eu raison de son corps. De son corps seulement. Car, par la foi et à travers la mémoire cellulaire, il avait fait de sa maladie un chemin de libération intérieure, de purification, de partage et de communion. Michel Maxime Egger évoque la personnalité et le parcours spirituel de cet homme qui est mort dans la Vie.
Joseph, mon frère, tu te souviens ?
Nous nous sommes rencontrés la première fois au monastère Saint-Jean-Baptiste en Angleterre, lors d’un pèlerinage de l’association Saint-Silouane en juillet 1997. Je vous revois, toi et Marie-Madeleine ton épouse, le dimanche soir, un peu déçus au fond du réfectoire, après une journée d’offices tout en grec… Vous étiez devenus orthodoxes deux ans auparavant à Béthanie, à la Pentecôte. Vous étiez tout feu tout flamme, attirés par l’enseignement du starets Silouane et le rayonnement du père Sophrony. Mais quasi personne ne vous avait adressé la parole depuis votre arrivée, la veille. Vous n’aviez pas reçu l’accueil et l’attention que vous espériez. Cela avait réveillé en vous une blessure : la douleur des orthodoxes d’Occident liés à des communautés souvent dénigrées par l’Eglise officielle. J’ai senti déjà, chez toi, ce besoin d’être reconnu et aimé pour ce que tu es, cette soif d’ouverture, cette colère face aux préjugés et à l’ignorance érigée en soi-disant vérité. Le Christ, pour toi, n’avait pas de frontière.
Nous avons parlé. Beaucoup. Toute la soirée. Tu m’as raconté ton histoire : une aspiration au divin dès l’enfance, un milieu familial pesant et résigné, la privation de toute éducation religieuse par un père anticlérical, l’entrée dans un cheminement intérieur – avec Marie-Madeleine – aux alentours de la quarantaine. Avec comme jalons notamment la lecture de Françoise Dolto et la découverte d’Annick de Souzenelle. C’est par elle, son enseignement sur la symbolique des lettres hébraïques et du corps humain, que tu vas découvrir la profondeur mystique de l’orthodoxie et t’ancrer résolument dans la tradition chrétienne. Sans cesser pour autant d’être à l’écoute des autres voies spirituelles. Tu me parlais ces derniers temps souvent du Kabbaliste de Patrick Lévy, qui t’avait impressionné.
Ce soir-là, comme à chacune de nos rencontres – quelle que soit la gravité de ce que tu avais à traverser – nous avons fini par rire. Car tu aimais rire. Et ton rire était comme un éclat de lumière. « L’humour, union et contraction de l’amour et de l’humilité », aimais-tu répéter.
Joseph, tu es mort et je t’écris. Bizarre, non ? C’est que si tu n’es plus là – physiquement, je veux dire – tu restes très présent. Vivant. Dans mon cœur et mon esprit. Et tu le demeureras. Eh oui, il va falloir t’y faire : certes, nous ne pourrons plus nous offrir des séances de skype, mais – comme beaucoup de tes proches sans doute – je n’en ai pas fini de dialoguer avec toi. Toi, l’impénitent quêteur de sens et de vérité, toujours plein d’interrogations et de doutes, assoiffé de « connaître » et de « comprendre ». « Connaître » au sens premier de « prendre avec » : avec Dieu le Tout Autre, bien sûr, mais aussi avec l’autre dans son altérité la plus radicale – et quoi de plus autre que la femme, Marie-Madeleine, qui t’a choisi et que tu as appris à « choisir ». « Comprendre » pas seulement avec la tête, mais de tout ton être. Avec ton corps même. Car, disais-tu, « le corps sait », mieux que l’intellect qui nous fait tourner en rond. Il « sait » ce que nous sommes venus rencontrer et vivre par notre naissance, dans notre existence.
Joseph, j’ai tant aimé échangé avec toi. Après nos conversations, je me sentais à chaque fois plus intelligent, plus profond. C’est particulièrement vrai de notre dernière rencontre, fin avril, dans votre charmante bicoque de Picardie. Tu étais cloué au lit, « collé dans ton corps », ce corps par moment si lourd, encombrant, douloureux. Mais en même temps, ton visage resplendissait, tes yeux pétillaient. Pleins de vie. Oui, de la vie de l’Esprit, plus forte que la mort.
En quelques heures, nous avons parcouru tout ce qui a compté dans ton existence. Non pas ces choses extérieures qui soi-disant posent un homme, mais en réalité bien souvent l’enlisent : la carrière, l’argent, la réussite sociale. Pas que tu n’aies pas été brillant dans tes activités professionnelles, mais l’essentiel était ailleurs. Electrotechnicien de formation, tu t’es vite éloigné des choses matérielles pour les réalités plus existentielles. Formé à l’analyse transactionnelle, tu deviendras formateur-consultant en relations humaines dans le domaine du management. Mais de cela aussi, tu as vite vu les limites. Tes accès récurrents de mélancolie – qui te coupaient dans ton élan – te poussaient sans cesse à aller plus loin, plus profond, dans le questionnement sur le sens de la vie. L’appel de Dieu à Abraham ne cessait de résonner en toi : « Quitte ton pays et va vers toi » (Gn 12, 1).
Aller vers toi, cela signifiait d’abord t’incarner. Et s’incarner, c’est assumer pour transformer. Tout. Absolument tout : les lumières et les ombres, les cieux et les enfers, les élans sublimes et les passions les moins reluisantes. Sans jugement ni « haine de soi » ni « autocondamnation » – ces mots te faisaient dresser les cheveux sur la tête !
Ce chemin d’incarnation et de transformation, tu l’as vécu en Christ. Mais à travers un outil particulier : la mémoire cellulaire. Une méthode à laquelle tu t’es formé pour devenir praticien et accompagnateur, mais que tu as surtout vécue au plus intime de ton être, en poursuivant un travail thérapeutique personnel. Elle t’a donné les clés pour comprendre les dépressions, accidents et maladies qui n’ont cessé de fondre sur toi. Jusqu’à ce cancer qui, au bout de plus de quatre années de lutte, aura eu raison de ton corps. Seulement de ton corps.
Ce cancer, pour toi, avait un sens. Tu n’en n’étais pas victime. Il constituait même, d’une certaine manière, une « bénédiction », m’avais-tu dit. L’occasion de prendre la responsabilité de ta vie dans toute sa réalité et sa vérité. Les métastases exprimaient les mémoires « engrammées » dans tes cellules, qui avaient bloqué ton énergie vitale depuis longtemps, empêché la manifestation de ton être essentiel – l’image de Dieu – en t’enfermant dans des structures mentales répétitives et des comportements émotionnels « mortifères ». Des mémoires et vibrations issues de ta lignée familiale qu’il te fallait porter à la conscience pour les purifier et t’en libérer.
Ce travail de libération et de purification, tu ne l’as pas accompli seul ni pour toi seul. Tu en as fait un lieu de communion et de partage. Avec Marie-Madeleine, dans une aventure de couple décapante et vertigineuse. Pour toute ta lignée, d’avant et d’après : tes enfants Aude, Elodie et Baptiste et tes petits-enfants à venir. Mais aussi, ultimement et indirectement, pour l’Adam total. Car, les dernières semaines, tu es descendu dans de telles profondeurs que ton travail a pris une dimension cosmique. Avec toutes les résistances et attaques qui en découlent. Au point de te faire douter. Les ténèbres se révoltent toujours contre la lumière.
Tu aimais beaucoup ce verset biblique qui semble avoir été écrit pour toi : « J’ai mis devant toi la vie et la mort. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité » (Dt 30, 19). La maladie t’a conduit devant ce choix, brûlant. Et tu as fini par choisir la vie, par dire oui à l’amour, à la confiance et à la joie. Mais pour cela, il t’a fallu traverser l’en bas, avec tous ses non, ses doutes et ses forces de mort.
Joseph, tu as appris dans ta chair qu’il y a trois vies : la vie biologique – celle que connaît la science –, la vie qui naît de l’amour et du désir de vivre, et la vie qui vient d’En haut, donnée par la grâce de l’Esprit. Tu nous as donné un magnifique et vibrant témoignage de ces deux dernières formes de vie. Tu es mort, certes, mais vivant. Dans la Vie. « Calé dans ta fleur de vie », comme tu le chantais dans ton ultime silence, avant de naître au ciel. Déjà ressuscité, d’une certaine manière. Dans l’espérance de la résurrection finale.
Merci Joseph, pour tout cela. Je suis fier de toi. Si fier et heureux d’être ton frère.
Maxime
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Par Aude Zeller,
jeudi 24 juin 2010 à 14:50 :: Spiritualité
Aude Zeller a prononcé une oraison lors des funérailles de Joseph Loyer, célébrées le 24 juin à la Crypte de la Cathédrale Saint-Alexandre-de-la-Néva (Paris).
A l’heure de l’ultime, Joseph cher, je viens déposer un dernier hommage pour Toi que j’ai connu lors d’un séminaire sur la mort et que je n’ai rencontré que sur des questions de vie.
Ta sensibilité d’enfant fut blessée et malmenée précocement par la solitude, le silence, la peur et la violence. Au cœur de cette souffrance déstabilisante, la contemplation des blés ondulant dans le vent te permettait de trouver la cohérence d’une certitude intérieure et d’une intuition spirituelle : tu déchiffrais alors dans cette beauté cosmique la présence du vaste, du large, du plus grand que ta peine, tu décelais la promesse d’un Amour, tu pressentais le «don de Dieu».
Enseigné dans le tréfonds de son âme le petit José sut très vite qu’il lui fallait «naître d’en haut» pour ne pas céder à la désespérance.
Dans les blés verts de ton enfance, tu entendais déjà la Parole de ton Seigneur et notre Dieu s’adressant à Nicodème, ton ami de toute éternité : «Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix mais tu ne sais d’où il vient ni où il va.»
Ainsi ta vie d’homme fut une incessante quête vers la Source de Vie destinée à désaltérer la terre aride de ton enfance. Ton chemin de vie fut fait d’altitude profonde. Tu associas ton aimantation spirituelle à la purification de ton humanité dans son espace psycho-corporel. Pour toi, gourmand de plénitude, le ciel n’annule pas la terre, il l’accomplit.
Tu mis donc toute ta conscience au service de ta croissance en tricotant le vivant, préparant ainsi ton vêtement nuptial : Tu cherchais Dieu, tu trouvais plus de vie, une maille à l’endroit.
Tu descendais dans tes profondeurs, tu traquais l’obscurité inconsciente, une maille à l’envers.
Tu remontais la pente avec le Christ soutenu par l’Esprit Saint, tu achevais un rang de vie.
Mais aux heures sombres, la colère et la tristesse te faisaient lâcher parfois quelques mailles, il te fallait les remonter sur l’aiguille de ta conscience exigeante.
En effet, ton exigence de vérité, ton intégrité te portaient à dénoncer les dérives, les tiennes et celles de tes proches en humanité. Tu connus de ce fait l’exclusion sévère des cœurs allergiques à ce dévoilement parfois très direct. La vie t’invita à passer de la «dénonciation» à l’«annonciation», à trouver cette parole qui fait de l’autre un être empli de grâces en dépit de ses manques, une parole qui prépare l’accueil de l’enfant divin en Soi.
Fortifié par cette initiation que la maladie t’imposa, tu fus très attentif à libérer l’enfant José des scories de son passé, à faire croître l’enfant nouveau en te levant, en prenant ton grabat et en poursuivant ta marche vers toi-même et vers le Béni, pour accomplir l’homme Joseph. Tu veillas à bénir l’enfant à venir de ta fille Elodie pour qu’il connaisse les promesses de vie dès le sein de sa mère, toi qui savais combien toute bénédiction accroît la potentialité de réalisation de l’être profond. Tu méditais sans cesse en ton cœur l’exhortation essentielle de ton Dieu, l’unique choix envisageable : «Je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction, choisis donc la vie».
La morsure de tes cancers tenaillait férocement tes chairs et ton cœur.
Tu prenais peur parfois et manduquais alors l’injonction de ton Maître lancé à Jaïre: «Sois sans crainte, crois seulement.»
Une semaine avant de quitter ce monde, tu pris la porte étroite, tu choisis la vie et t’y engageas pleinement, trinquant joyeusement avec une gorgée de thé.
Quelques jours plus tard, tu rechoisis ton amour, Marie, ta femme: tu lui fis ta déclaration.
Et quelques heures avant de poser ton dernier souffle en présence de ta famille bien-aimée, tu affirmas que tes enfants entendraient ton message de vie une fois que tu serais parti.
Joseph cher, tu as préparé tes noces en cet humble et terrible combat, te calant entre rigueur et miséricorde.
Même dans ton lit, il fallait que ton corps soit placé dans cette rectitude que tu évaluais d’un geste radical et énergique.
La miséricorde, tu l’exprimais dans ce constat évident : «C’est si simple, disais-tu, il s’agit d’aimer, d’aimer toujours plus ceux que l’on aime et surtout ceux qui nous sont moins aimables.»
Dans tes moments de doute, ta fille aînée Aude se glissait dans l’interstice de tes peurs pour t’insuffler cet amour, image, écho, pont vivant de celui que tu lui transmis en sa petite enfance.
Dernier clin d’yeux, ton amour paternel pour ton fils Baptiste te permit de recevoir la grâce de célébrer tes funérailles en ce jour de la Saint-Jean Baptiste, lui rappelant ainsi à jamais son lien avec son Saint Protecteur et la nécessité d’oser changer de plan de conscience tout au long de sa vie, l’invitant ainsi à advenir à lui-même au cœur de ta disparition.
Tout est accompli à présent.
Par ton choix engagé et engageant, tu as guéri tes blessures, prenant soin de celles de ta généalogie, préparant ainsi de «bonnes heures» à tes descendants.
Va vers toi-même et deviens une bénédiction.
Pour toi, «noble Joseph», mémoire éternelle.
Aude Zeller
24 Juin 2010
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Par Michel Maxime Egger,
vendredi 30 janvier 2009 à 16:02 :: Spiritualité
Olivier Clément est né au ciel le 15 janvier, à la suite d’une longue maladie. Il avait 87 ans. Porteur du feu prophétique des penseurs religieux russes – Nicolas Berdiaev en tête – il fut un lumineux et fécond témoin de l’Evangile. Un apôtre de l’unité dans la diversité des Eglises. Mais aussi un formidable « passeur » : entre l’Orient et l’Occident chrétien, l’athéisme et la foi, la spiritualité et l’histoire. Nul mieux que lui n’aura fait connaître au monde occidental l’essence de l’orthodoxie – dans ce qu’elle a de plus beau, profond et universel –, la substantifique moelle de l’enseignement des Pères, revisité à la lumière de la modernité. Il témoignait d’une Eglise ouverte et en dialogue, d’une théologie enracinée dans la Tradition et éminemment créatrice – audacieuse même –, loin de la répétition des antiennes du passé. Une Eglise en mouvement et en recherche, capable de se mettre en question et de répondre aux grandes interrogations de l’homme d’aujourd’hui : la place de la femme, la sexualité, la relation au corps, l’écologie, l’injustice sociale, la tentation nihiliste…
J’avais rencontré Olivier Clément la première fois en 1995, à l’abbaye de Sylvanès où il animait une retraite à la Pentecôte occidentale. Il m’avait invité à venir parler de saint Silouane et de l’archimandrite Sophrony. Un signe de sa grande ouverture et confiance, car je n’étais alors qu’un jeune inconnu, fraîchement entré dans l’Eglise orthodoxe. Depuis lors, nous sommes restés liés, même si nous nous voyions peu. Une amitié s’est tissée à travers diverses collaborations, que ce soit pour la revue Contacts, des occasions spécifiques (une interview pour la revue Itinéraires sur l’Eglise aux prises avec la viscosité de l’histoire) ou encore la collection de spiritualité orthodoxe (le Sel de la Terre) que je dirigeais aux Editions du Cerf. Il y a écrit la préface du recueil consacré à Mère Marie Skobtsov, Le Sacrement du frère, et donné un entretien en introduction au livre du père Cyrille Argenti, N’aie pas peur. J’allais le voir lors de mes voyages à Paris. A chaque fois, il me recevait avec beaucoup de chaleur. Nous refaisions le monde et l’Eglise. Et je ressortais toujours de ces entretiens ragaillardi, plein d’énergie créatrice. Comme il le disait : « Il faut s’encourager mutuellement. » Il était comme un guide et père, mais sans une once de paternalisme ni de jugement sur ma vie et mes choix personnels. Il a soutenu mes initiatives jusqu’au bout, acceptant de parrainer Trilogies.
Dans l’hommage qu’elle lui a rendu, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France le définit comme un être « inspiré et inspirant ». Rien de plus vrai et de plus juste. Mais sans vouloir polémiquer, on ne peut pas dire, hélas, que les hiérarques et les paroisses orthodoxes – à quelques exceptions près – aient beaucoup suivi et mis en œuvre ses idées. L’orthodoxie réelle, concrète et quotidienne, est bien loin de celle – épurée, novatrice et prophétique – qu’Olivier Clément a fait rayonner de par le monde, bien au-delà des frontières de l’Eglise. Le rêve de voir émerger une Eglise orthodoxe d’Occident – et pas seulement en Occident – s’est dissout dans les particularismes ethniques, pour ne pas dire nationalistes, et les replis identitaires qui ont fleuri depuis 1989.
Olivier Clément en était bien conscient. Et attristé. Voici ce qu’il me disait dans un long entretien, le 31 janvier 2004, en vue d’une publication qui n’a jamais vu le jour :
« L’Eglise orthodoxe est une Eglise étrange. Elle est très riche, pleine de trésors et de potentialités, mais en même temps bloquée de toutes parts. En proie au repli, à la peur, à la méfiance envers l’autre, à l’hostilité envers la modernité, à la clôture de l’interprétation. Et les choses ne cessent de s’aggraver… Les orthodoxes se réfèrent trop aux Pères de l’Eglise – sans forcément les lire, d’ailleurs – et ne méditent pas assez l’Evangile. Comme si les Pères avaient tout dit sur tout, une fois pour toutes ! Est-on capable, par exemple, de commenter la parabole du bon samaritain dans ce qu’elle a de profondément subversif et anticlérical ? Car que nous dit-elle, sinon que c’est un “hérétique” qui, finalement, accomplira les gestes fondamentaux de l’humanité. Je n’ai jamais entendu prêcher d’une manière créatrice sur un tel texte. »
« Certains éminents théologiens orthodoxes affirment qu’il faut remplacer la conscience personnelle par une conscience ecclésiale. La belle affaire ! Comme si la Tradition pouvait penser en nous en dehors de nous. Or, penser par soi-même est non seulement une possibilité, mais un devoir. Une condition sine qua non de notre devenir personne. Et ce devenir est possible pour tout homme et toute femme sur cette terre. Comment, ainsi que l’affirme l’un de nos plus grands théologiens actuels, peut-on soutenir que le baptême est une condition pour devenir une personne, que les hommes – nés hypostases biologiques – ne deviennent des hypostases spirituelles qu’après avoir été baptisés ? C’est grave. Car on peut être baptisé, aller à l’église tous les dimanches, et rester une loque individuelle ; à l’inverse, on peut ne pas être baptisé et devenir un être d’amour et de communion. Tous les êtres humains – tous sans exception – sont image de Dieu. »
« Mais comment donner à la merveilleuse théologie de la personne une portée qui ne soit pas seulement ecclésiastique ? La personne contient la totalité du social et du cosmique. Elle dépasse le monde et l’assume. Elle lui donne sa signification, sa couleur, son sens. Elle est sans fond, ouverte sur l’infini. On ne peut la réduire. Surtout, elle est en germe en tout être humain. Car la résurrection du Christ assume tout. Le Christ et l’Esprit saint sont présents partout, dans toutes les traditions et religions, et même dans les anti-religions. Si on ne prend pas la mesure de cela, on se condamne à la stérilité. On ne pourra rien faire d’autre qu’une Eglise bien polie, parfaite, pure, mais coupée de la vie, à l’écart du monde, confite dans une pensée qui tourne en rond et une liturgie sublime qui vire au ritualisme. »
« Les orthodoxes sont-ils capables de faire autre chose que se plaindre, dénoncer et rêver ? Tout ce qui se passe dans l’humanité a un sens, que nous devons comprendre, approfondir, rendre positif et fécond. Nous devons apprendre à l’assumer de manière créatrice, collaborer et chercher des solutions avec d’autres, en nous ouvrant à ce qu’ils peuvent nous apporter. »
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Par Michel Maxime Egger,
mercredi 24 décembre 2008 à 15:51 :: Spiritualité
Sait-on encore le sens véritable de la fête de Noël ? Quel rapport entre le sapin vendu dans les supermarchés et le Christ, arbre de vie ? Quel lien entre les bougies électriques qui illuminent nos cités et l’astre de lumière qui se lève sur un monde si souvent en proie à l'ombre de la mort ? Quelle relation entre les cadeaux qu'on s'échange et les présents des mages au roi de l'univers caché dans une pauvre étable ? Comment croire que le bébé au centre de nos crèches est le Fils de Dieu par qui tout a été créé ?
Noël, ce n'est pas seulement la commémoration de la naissance – historique et plus ou moins folklorico-sentimentale – de l'enfant Jésus à Bethléem. C'est la mémoire vivante de l'incarnation de Dieu en personne. Il y a plus de 2000 ans, le Verbe divin s’est fait chair pour diviniser l’être humain. Il est venu habiter le monde de sa compassion. Pour les chrétiens, cette nativité est la clé de l’histoire de l’humanité. L’aube d’une ère nouvelle, fondée sur l’amour, qui n’en finit pas d’advenir.
Cet événement, incommensurable, est en réalité un mystère. Au-delà des lois de la nature et de la logique. Comment Dieu – immatériel et éternel – a-t-il pu prendre un corps humain et mortel ? Comment la vierge Marie a-t-elle pu enfanter la deuxième personne de la Trinité ? Comme Jésus peut-il être à la fois totalement humain et totalement divin ? A l’instar de Joseph dans l'icône de la Nativité, nous sommes stupéfaits, guettés par le doute, peut-être tentés par l'incrédulité.
Fêter Noël, c’est entrer dans ce mystère. Non pas en abolissant notre raison, mais, comme les rois mages – savants de leur temps – en nous mettant en chemin, la conscience ouverte à une autre lumière et connaissance, celle de l’Esprit. En retrouvant aussi la capacité d’émerveillement de l’enfance et la simplicité humble des bergers. Alors, la fête de la Nativité prend un autre sens. Plus profond, plus universel.
« Aujourd'hui, Dieu est venu sur la terre et l'homme est monté au ciel », proclame la liturgie orthodoxe de Noël. Tout est dans cet aujourd'hui. Le mystère n'est pas simplement à dire, il est à vivre. L’événement historique de la nativité du Christ n’acquiert sa plénitude de sens que s’il devient un avènement personnel : naissance intérieure de l’Etre divin et éveil de l’être à la Parole créatrice qui le fonde, dans un processus de pacification et d’unification croissantes.
C’est donc à chaque instant, dans la grotte de notre cœur comme dans l’étable de Bethléem, que le mystère de l’Incarnation peut s’accomplir. A condition que nous disions « oui », comme Marie, au souffle de l’Esprit, que nous nous laissions emporter par sa vie dans un mouvement vers les autres et le monde. La fête de Noël nous rappelle le mot génial de Péguy : « Tout commence en mystique et tout finit en politique. » C’est du dedans, à partir des mutations intérieures, qu’ont lieu les actions de transformation sociale les plus fécondes. C’est de l’espace le plus profond, le plus simple et le plus désarmé de l’humain que rayonnent la parole qui touche les cœurs, l’amour qui libère les captifs et rétablit la justice.
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Par Michel Maxime Egger,
lundi 8 septembre 2008 à 21:43 :: Spiritualité
J’ai longtemps hésité, mais – tant pis ou tant mieux – je redémarre. Après un long silence. En espérant avoir le souffle nécessaire. on verra bien...
Bonjour ou bonsoir donc, à celles et à ceux qui prendront le temps, la peine de me lire. A temps et à contretemps, à la manière dont j’entends tenir ce blog. Qui sera forcément irrégulier, zigzaguant, chaotique. Avec des hauts et des bas… Un peu comme la vie ou la conversation quand on réfléchit à haute voix.
En écrivant ces premières lignes, je pense inévitablement à François Mauriac et à son célèbre Bloc-notes. Référence géante, écrasante, mais incontournable. Pas que j’ambitionne de l’imiter, quelle prétention ! Non, mais il y a chez lui plusieurs choses qui me touchent et qui ont, pour moi, valeur d’exemple :
- Un art de la chronique comme forme de dialogue avec soi-même et avec l’autre. A l’écoute des réactions des lecteurs – connus ou inconnus – dont la réflexion personnelle se nourrit. Autrement dit, une façon constante d’aller vers autrui en passant par soi-même. Et inversement…
- Un exercice du journalisme comme manière de « servir les idées » qui lui sont chères, mais aussi sa foi et ses valeurs les plus intimes. Cela, sans jamais sacrifier à la liberté de l’esprit, toujours plus forte que tous les dogmatismes, qu’ils soient religieux, idéologiques ou politiques.
- Une approche de l’actualité à la fois par le bas et par en haut. Dans une tension permanente entre enracinement et transcendance. En plongeant au cœur de la mêlée et de l’histoire en train de se faire, mais sans cesser de la regarder sub specie aeternitatis. Comme si donner du sens était « saisir le durable dans l’éphémère », discerner la trace du sacré dans la commune trame des jours, percevoir l’invisible au cœur du visible, l’esprit dans la matière, l’incréé dans le créé. Créer de la clarté à partir de l’esprit et de l’Esprit.
- Une tension dynamique entre action et contemplation, en équilibre funambulesque sur la ligne de crête entre le dehors et le dedans, soi et monde. S’il « pense et écrit pour agir », Mauriac entend également « rompre avec ce monde tout en y combattant ». Etre dans le monde sans être du monde. Ou encore : s’engager en sachant rester dégagé…
- Un mélange subtil entre le personnel et le collectif, où s’estompent les frontières entre l’intime et le politique. Car ultimement – nous y reviendrons – il ne saurait y avoir de transformation collective réelle et durable sans transformation personnelle. La cité ne changera pas si le cœur humain ne change pas.
Ces différents points – mais il y en aurait d’autres – définissent une forme d’éthique de la parole et de l’engagement très inspirante. En n’oubliant jamais qu’il « faudrait se taire, dès que parler, au lieu d’être une forme de l’action, n’est plus qu’un inutile lamento ».
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Par Michel Maxime Egger,
vendredi 13 juillet 2007 à 11:29 :: Spiritualité
La paix et l’unité humaine enracinées dans l’amour-compassion. Tel est le cœur de la « bonne nouvelle » que le Christ – comme la plupart des maîtres de sagesses et fondateurs de religion – est venu non seulement annoncer mais incarner dans sa vie. Un message qu’il a invité ses disciples à enseigner et mettre en pratique. Or, plus de 2000 ans après sa crucifixion-résurrection, le Christ est toujours source de divisions et de conflits. Entre les religions, mais aussi entre les chrétiens. Et il n’a pas fini de l’être si l’on en croit le récent document du Vatican réaffirmant haut et fort la prétention de l’Eglise catholique à être l’unique véritable Eglise du Christ, détentrice de la vérité intégrale du christianisme. Petite parenthèse : l’Eglise orthodoxe n’en pense pas moins d’elle-même, mais elle a la prudence de ne pas le crier sur les toits.
Vérité religieuse versus vérité spirituelle
Le problème, c’est qu’il ne saurait y avoir de paix sans liberté. Intérieure avant tout, mais aussi extérieure. L’absence de liberté, on le vérifie chaque jour par l’actualité, est ferment de révolte et de violence. La liberté – qui n’est pas simplement le droit individuel de faire n’importe quoi sous prétexte que cela nous plaît – est à son tour, spirituellement, indissociable de la vérité. Jésus le dit bien : « La vérité vous rendra libre. » Chercher la vérité est la voie pour trouver la liberté.
Mais qu’est-ce que la vérité ? Je me souviens d’un entretien lumineux avec le frère Martin, enfant spirituel du père Bede Griffith, il y a quelques années dans le Sud de l’Inde, à l’ashram chrétien de Shantivanam fondé par le père Henri Le Saux (swami Abishiktananda). Il distinguait, justement et subtilement, entre deux dimensions de la vérité : son aspect historique-religieux et son aspect spirituel-éternel.
La dimension historique et religieuse de la vérité est exprimée par cette parole de Dieu à Moïse : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » C’est le Dieu et la vérité des religions, transmise par les anciens et les écritures dans des formes particulières, conditionnées par l’histoire, la culture et la psychologie, cristallisée dans des dogmes, doctrines, rites, croyances, lois et autres institutions. Comme me le disait le frère Martin, si Dieu est un fleuve immense, insaisissable et dynamique, les religions sont autant de pots – limités et plus ou moins statiques – qui contiennent un peu de son eau. La vérité dans sa dimension historique et religieuse trace des frontières entre soi et les autres, définit des critères d’appartenance et des cadres identitaires. Elle divise l’humanité entre les purs et les impurs, les fidèles et les infidèles, les croyants et les incroyants. Or, qui dit frontières, dit aussi désir de les protéger ou de les étendre. Donc peur, insécurité et clôture d’un côté ; esprit de conquête et agressivité missionnaire et prosélyte de l’autre. Tout l’envers d’une foi ouverte.
La dimension éternelle et spirituelle de la vérité est signifiée par cette autre parole de Dieu à Moïse : « Je Suis Celui qui Suis. » Ce « Je suis » est la vérité dans son mystère. Ineffable, transcendante, inconditionnée. Transmise de génération en génération par l’Esprit qui souffle où il veut, dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va. Toujours au-delà de ce que Dieu a révélé de lui-même et de ce que les hommes peuvent en comprendre et en dire. Au-delà aussi des limites du temps et de l’espace, des conditionnements psychologiques et des déterminations historiques. Dieu n’a pas de frontières. La vérité dans sa dimension éternelle les traverse, abat les murs de séparation, libère les êtres humains de leurs croyances et des peurs qui en découlent, ouvre le genre humain à l’unité qui le fonde dans le respect de sa diversité. « Les chemins ne peuvent unir les hommes et les femmes, seul le but transcendant qui est Dieu en est capable », me disait encore le frère Martin.
Le dernier document de la Congrégation pour la doctrine de la foi le montre à nouveau à l’envi. Le problème des Eglises et des institutions religieuses, c’est qu’elles confondent ces deux dimensions, qu’elles absolutisent ce qui n’est que relatif en prenant leurs croyances pour la vérité alors qu’elles n’en sont et n’en seront jamais qu’une approximation.
Quand la vérité historique s’identifie à la vérité éternelle, quand la distinction vitale entre le doigt qui montre et la réalité qu’il désigne s’efface, quand Dieu – qui est « un » dans sa transcendance-immanence – est réduit aux noms et visages multiples par lesquels il s’est manifesté au fil du temps et en tous lieux, alors les confessions et religions deviennent des facteurs de division, de conflit et de violence. Au nom précisément de leurs conceptions de la vérité et de leurs images de Dieu qu’elles idolâtrent.
Un chemin de passages
J’entends déjà mes coreligionnaires chrétiens s’écrier et se récriminer : mais Jésus a déclaré : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Mais là aussi, plusieurs interprétations sont possibles. Selon la lettre ou selon l’esprit. Certaines Eglises – notamment la catholique et l’orthodoxe – ont souvent compris cette parole d’une manière littérale : Jésus serait non seulement le chemin du salut, mais le seul (« Nul ne vient au Père que par moi »). Et l’Eglise, qui s’identifie au corps du Christ, serait l’unique lieu de ce chemin, où « subsiste » la vérité tout entière (« Hors de l’Eglise, point de salut »). Logique implacable, mais logique précisément de division, d’exclusion et, ultimement, de guerre. Une logique dont la tradition chrétienne n’a, hélas, pas le monopole.
Il est cependant une autre interprétation de cette parole-clé du Christ. Beaucoup plus profonde et spirituelle. D’abord, Jésus ne dit pas qu’il est l’unique « chemin », « vérité » et « vie ». Certes, pour la foi chrétienne, il les incarne en plénitude, mais il n’est pas le seul. Il est d’autres chemins vers Dieu.
Le chemin de Jésus – qui n’a pas fondé de religion ni d’Eglise – a ceci de particulier qu’il révèle, ouvre et trace des passages : de la loi extérieure à la conscience intérieure ; de la dimension historique, religieuse et connue de la vérité à sa dimension éternelle, spirituelle et inconnue ; des conditionnements de ce monde à la liberté du royaume de Dieu ; des limites de l’ego à l’infini de l’image divine ; de la mort à la Vie. Des passages essentiels pour la pleine actualisation des potentialités spirituelles de l’être humain, la réalisation d’une vie dans la liberté et la vérité du « Je Suis », l’accès à la plénitude personnelle. La vérité est, en ce sens et en elle-même, chemin, mouvement, vie, passage. Jésus le nomade n’avait même pas une pierre où reposer sa tête.
Sortir de la matrice des religions
Jésus lui-même a été conçu et a grandi dans le judaïsme : ses parents étaient juifs, il a été circoncis et présenté au Temple, il a étudié la Torah et vécu les grandes fêtes juives à la synagogue. Il montre ainsi l’utilité de la religion, sa valeur non pas éternelle mais fonctionnelle, initiatrice, préparatoire. La religion est comme un ventre dans lequel l’être humain peut être conçu et éveillé à la vie spirituelle, être nourri et croître dans un espace protégé, sécurisant, cohérent. Mais, comme me le faisait remarquer le frère Martin, il faut prendre garde que la matrice (womb) ne devienne pas un tombeau (tomb). C’est ce qui arrive quand les croyances – relatives – se transforment en vérités absolues et les doctrines en idéologies, quand « la religion devient plus grande que l’homme et même que Dieu ». Alors, l’être conçu n’arrive pas à naître vraiment à lui-même et à sa vérité personnelle, il ne parvient pas à accomplir tout son potentiel spirituel.
Jésus ne déclare-t-il pas à Nicodème qu’il doit naître à nouveau et d’en haut. Naître, c’est sortir hors de la matrice qui nous a conçu. Naître spirituellement, c’est sortir – en esprit – hors du ventre de la religion (ce qui ne veut dire forcément cesser de pratiquer). C’est ce que le Christ a fait. Au prix de sa vie. Il est sorti de la matrice de sa religion qui limitait Dieu, la Réalité ultime, au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui divisait l’humanité entre les juifs et les païens. Ce faisant, il est entré dans la présence universelle et infinie de Dieu, dans la mouvance de l’Esprit vivant au cœur de toute chose, dans la conscience de son unité ontologique avec le Père, avec toute l’humanité et la création entière. Il n’était plus ni juif, ni grec, ni chrétien, mais le Fils de l’Homme. Un être parfaitement unifié dans sa plénitude cosmothéandrique, sans plus aucune division intérieure. Un être de paix et d’amour.
Le problème de l’Eglise, c’est qu’elle s’est empressée de recréer une matrice, un ventre dans lequel elle a enfermé non pas le Christ – car il est irréductible –, mais l’image réductrice (canonique) qu’elle s’en est faite et, avec celle-ci, tous les fidèles. Comme aujourd’hui elle se sent menacée par le monde sécularisé et la modernité, elle se replie sur elle-même, rassemble ses ouailles de tous bords (la récente libéralisation de la messe en latin), réaffirme le contour de ses frontières et renforce les cadres de son identité – forcément contre les autres. C’est justement ce que le Vatican vient de faire avec son pavé absolutiste et anti-œcuménique. Sans se rendre compte qu’en agissant de la sorte, l’Eglise catholique se coupe encore plus de la réalité des hommes et des femmes d’aujourd’hui, qu’elle s’aliène les autres chrétiens et sans doute une bonne part de ses propres fidèles, scie encore davantage la branche sur laquelle elle est assise, et finalement attise les conflits et les divisions.
La gloire de Dieu, c’est l’homme libéré
Jésus a traversé les frontières entre les races et les nations, brisé les murs de séparation entre les hommes et les femmes, les adultes et les enfants, les purs et les impurs, les juifs et les non-juifs. Il a proclamé que si Dieu est plus grand que l’être humain, celui-ci est plus grand que la religion : « Le shabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le shabbat. » La religion, l’Eglise doit être au service de l’être humain, et non l’inverse.
Tel est le chemin que Jésus nous a ouvert, la vérité qu’il a manifestée, la vie dont il a montré l’exemple. C’est en cela qu’il est lui-même, en lui-même, un chemin vers la vérité et la vie. Un chemin universel, qui vaut archétypiquement pour toutes les religions et tous les systèmes idéologiques.
« La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », écrivait Irénée de Lyon (IIe siècle). Les Eglises, comme toutes les religions, ne sont et ne seront vivantes que lorsqu’elles accepteront de laisser leurs fidèles sortir de leur ventre pour enfin naître à eux-mêmes et à leur âge adulte. Que lorsqu’elles engendreront des disciples pour la vie dans l’éternelle Présence et non pour leur propre continuité. Que lorsqu’elles seront sources de liberté et donc de paix.
On en est, hélas, encore loin. Et en attendant, les hommes et les femmes s’en vont ailleurs pour assouvir leur soif spirituelle. Mais Jésus ne l’avait-il pas prédit : « L’heure vient où ce n’est plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer. » Ce temps est arrivé.
''Michel Maxime Egger''
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